Pour des relations publics militantes

Plus notre monde est difficile à appréhender, plus les opinions s’atomisent, plus les interactions sont complexes, plus les relations publics acquièrent une légitimité dans la gestion des parties prenantes. Est-il besoin de rappeler que cette discipline permet d’enrichir et de défendre la réputation des marques et des entreprises, elle-même génératrice de valeur immatérielle? Elle permet aussi de promouvoir les positions des organisations.

En déployant ses dispositifs en ligne et hors ligne, elle agit sur l’opinion individuelle et collective, suscite la préférence, l’adhésion, l’engagement. Bref, la raison d’être des relations publics est d’influencer les parties prenantes dans leurs choix, leurs décisions, leurs comportements. […]

Mais cette approche des relations publics n’est-elle pas un peu traditionnelle et académique sur les terrains où les éléments exogènes pullulent et où les opinions se radicalisent? Prenons quelques exemples.

Premier exemple: les OGM. Dans les années 90, il s’agit d’une voie prometteuse pour l’agriculture. […] Il a pourtant suffi à une poignée de militants sous la conduite de José Bové et à la théâtralisation des fauchages volontaires pour que l’opinion soit gagnée durablement par la peur. […] À ce militantisme du «Non aux OGM», il n’a jamais été opposé un militantisme du «Oui aux OGM». […] Le choix de relations publics militantes aurait sans doute permis aux défenseurs des biotechnologies végétales de faire bouger les lignes.

Deuxième exemple: la viande. L’idée progresse que manger moins de viande est bon pour le climat, pour la santé, pour les animaux. Certaines filières (les maillons faibles), comme le lapin, les palmipèdes à foie gras et les poules pondeuses, sont régulièrement attaquées par des militants végétariens, végétaliens, antispécistes. […] Du côté des filières, c’est la grande déprime. La seule réponse semble être dans les actions devant les tribunaux et quelques campagnes – d’arrière-garde? – destinées à valoriser les hommes et les métiers de ces filières. Dans un pays de forte culture gastronomique, où sont les militants du patrimoine, des traditions, de la cuisine, de l’art de vivre? Une forme d’abattement a gagné des troupes dispersées et perplexes alors que tout est réuni pour que ces actions de relations publics militantes voient le jour.

Troisième exemple: le vin. À l’inverse des précédents, il démontre qu’il n’y a pas de fatalité lorsque les acteurs prennent leur destin en main. Ils sont capables de résister et même de reconquérir du terrain. Face aux assauts multiples (loi Evin, décrets, jurisprudence, associations…), le vin en France se porte assez bien. […]

Les opinions se raidissent sans conteste. […] Le «militantisme de soutien» face au militantisme des adversaires peut être un recours efficace, là où l’information et la dialectique ne suffisent plus. Ces relations publics militantes ont aussi l’avantage de l’assumation et d’une posture combattive qui tournent le dos au renoncement. […]

Retrouvez l’intégralité de cette tribune de Thomas Marko, Président-fondateur – Thomas Marko & Associés, Administrateur de Syntec Conseil en Relations Publics, sur Stratégies.fr et dans le numéro du 12 Juillet 2012.

 


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